Les ceintures de comportement [Pédagogie institutionnelle]

On finit notre tour de la pédagogie institutionnelle avec les « ceintures de comportement ».

Le principe est simple, les élèves ont la possibilité de progresser dans les ceintures (comme au judo) en adoptant un bon comportement et en échange ils obtiennent des droits. Plus les ceintures sont hautes, plus les exigences sont grandes et les droits également.

Un système que je n’utilise pas dans ma classe mais je constate qu’un peu plus de 50% des collègues qui ont répondu au questionnaire l’ont mis en place.

Ces ceintures du comportement tiennent aussi une place importante dans la pédagogie institutionnelle.

Pour tout vous dire, cela a été la partie du questionnaire la plus difficile à réaliser. Les avis étaient très partagés.. Je vais malgré tout essayer de synthétiser cela. Et nous allons faire comme pour les ceintures de compétences, deux catégories.

Oui aux ceintures de comportement

  • Elèves conscients de leurs progrès.
  • Elèves sécurisés.
  • Implication de la classe si les privilèges viennent des élèves. Donne du sens.
  • Investissement pour progresser dans les ceintures, donc les droits et les responsabilités.
  • Elèves apprécient d’être jugé au mérite.
  • Beaucoup d’efforts pour bien se comporter au quotidien et progresser pour avoir plus de droits.

Non aux ceintures de comportement

  • Pas envie de catégoriser les élèves par leur comportement.
  • Trop chronophage. Le conseil d’élèves suffit.
  • Pas en accord avec le système ceintures=droits.

Voici pour cette série d’articles sur la Pédagogie Institutionnelle. J’espère que cela vous aura permis de découvrir ou redécouvrir cette pédagogie et aussi que cela vous donnera envie d’y piocher quelques principes pour construire la votre.

N’hésitez pas à me faire des retours sur des institutions que vous avez mis ou que vous souhaitez mettre en place.

A très vite pour de nouveaux billets.

Les ceintures de compétences [Pédagogie institutionnelle]


Pour les ceintures de compétences, je ne reviendrai pas sur son fonctionnement et sur leurs origines, je vous laisse pour cela parcourir mon site et le dernier article sur le sujet, ainsi que le blog du collectif @c2cedu dont je fais partie « nosceintures2compétences.org ».

On s’attache aujourd’hui au retour des enseignants utilisant ce système en classe. Sur les 15 enseignants qui ont bien voulu répondre à mon questionnaire, seulement 60% ont mis en place l’évaluation par ceintures de compétences dans leur classe. C’est assez peu. Je pense que certains ont envie, mais que la masse de travail en amont peu en décourager un bon nombre, ainsi que le fait de se sentir isolé dans un travail d’équipe. Cela bouge néanmoins et les articles, les partages sur le sujet pullulent..

En ce qui concerne le questionnaire, les collègues soulignent les bénéfices de travailler en ceintures malgré quelques limites constatées.

Les apports

Le premier point est la visibilité très précise au quotidien de la progression des élèves dans l’acquisition des compétences.

Le deuxième point est la création de parcours personnalisés et le respect du rythme de chacun en retirant tout le stress possible qu’il peut y avoir lors d’évaluation de fin de période par exemple.

Enfin, pour le troisième point, les réussites sont valorisées, les élèves deviennent autonomes et l’élève est acteur de ses apprentissages.

Cela reprend plus ou moins tout ce qui a déjà était dit sur les apports du fonctionnement en ceintures de compétences.

Les limites

Ce qui m’intéressait beaucoup plus, c’était recueillir les observations de mes collègues sur d’éventuelles limites, car aucune méthode n’est parfaite.

On note que les parents sont parfois un peu perdus et ont des difficultés à situer leur enfant.

Aussi, pour certains élèves, avancer à son rythme n’est pas motivant, et donc ils n’accrochent pas et se moquent de ne pas progresser dans l’acquisition des ceintures.

Des élèves ne rentrent pas dans cette « pédagogie », ils ne sont pas motivés pour passer les ceintures. Je mets donc moins de ceintures en place, je « mixe » les pédagogies. Céline

Une collègue attire aussi notre attention sur le fait de vouloir faire trop de ceintures pour tout et n’importe quoi.

Pour finir, une autre limite majeure, le fait d’être le seul dans l’école à fonctionner avec les ceintures ou même devoir garder ses élèves une seule année quand on aimerait les suivre sur plusieurs années avec ce système pour observer et constater leur progression.

Je suis d’ailleurs bien heureux d’avoir pu mettre les ceintures dans le projet d’établissement de mon école. Nous avons à ce jour un suivi sur 2 ans, bientôt 3 et j’espère encore plus dans les années à venir.

La monnaie intérieure [Pédagogie institutionnelle]

Petit retour sur ce que je dis aux parents lors de ma réunion de rentrée sur la mise en place d’une monnaie intérieure:

La monnaie intérieure vise à offrir aux élèves pour lesquels l’objet d’étude scolaire n’est pas une source de motivation intrinsèque suffisante pour s’investir dans un réel travail d’apprentissage une source de motivation extrinsèque.

Quelques principes :

  • La monnaie a un nom et une durée de validité (l’année scolaire)
  • La monnaie n’est pas un bon point. Elle correspond à un salaire (un dû) et non pas une récompense ou à un cadeau (qui dépend du bon vouloir de l’enseignant).
  • La monnaie rémunère le travail. Elle ne sanctionne pas uniquement les réussites mais le travail réalisé (un exercice fait ne devra pas être nécessairement « tout juste » pour être pris en compte).
  • La monnaie révèle et permet de travailler sur certains problèmes de société. 
  • La monnaie permet de régler les amendes (infractions aux règlements de la classe ou de l’école).
  • La monnaie prend sens grâce au marché (l’argent émis doit circuler : un marché ponctuera le versement des salaires)*
  • Chacun, enseignant compris, peut vendre et acheter. Les objets vendus doivent être manufacturés ou d’une valeur inférieure à 2€ (et bénéficier alors de l’accord préalable des parents pour la vente).

Mais tout cela je vous l’ai déjà exposé sur mon billet qui présentait la mise en place de la monnaie intérieure dans ma classe (le Cousteau: mise en place d’une monnaie intérieure).

Alors, je ne suis pas surpris mais seulement 1/4 des collègues qui ont répondu à mon questionnaire ont mis en place ce système.

Certains ne voient pas l’intérêt, d’autres l’ont envisagé mais n’ont jamais sauté le pas pour diverses raisons. Cela leur pose question, notamment à la vue de la société actuelle.

« Dans une société où la globalisation est à remettre en question, j’interroge toujours cette institution au regard des limites que je lui prête: gain, esprit de surenchère et de rentabilité des apprentissages » Loïs

Pour ceux qui l’ont mis en place, les apports sont significatifs.

« La monnaie donne vraiment du sens aux élèves et ils attendent avec impatience le marché de classe. Même les plus fainéants multiplient les exposés, les lectures en classe pour gagner de l’argent. Et ils savent se réguler pour ne pas avoir trop d’amendes » Claire

On note une plus grande motivation pour les élèves dans leur travail quotidien, une émulation au sein de la classe, un travail mathématiques avec les échanges réguliers et une grosse attente pour le marché intérieur de la fin de semaine.

Et vous ? Cela vous tente de la mettre en place ?

Un grand merci à Bruce Demaugé-Bost

Le Conseil d’élèves [Pédagogie institutionnelle]

Le conseil d’élèves issu de la pédagogie institutionnelle de Fernand Oury a pour missions de régler les problèmes de la classe, de féliciter des camarades pour un comportement exemplaire ou des progrès, de discuter de la vie de la classe et de faire des propositions d’amélioration par exemple..

Il peut se tenir une fois par semaine et peut durer plus ou moins de temps en fonction des sujets à aborder.

Mise en place

Lors du conseil, est présent l’ensemble des élèves de la classe. Six élèves y tiennent un rôle particulier : le gardien du temps va s’assurer que les débats de chaque sujet n’excèdent pas cinq minutes, le messager va éventuellement chercher des élèves d’autres classes concernés par les thèmes abordés lors du conseil, le président du conseil et le vice-président vont interroger les différents élèves en conflits ainsi que les témoins, le secrétaire note les échanges et décisions prises lors du conseil et enfin, le gardien des gêneurs. Le cahier de conseil mentionne d’ailleurs les prénoms de ces six élèves ainsi que leur rôle sur une période de temps déterminée.

Pour préparer ses conseils, on peut mettre en place un cahier de conseil en libre accès. Les élèves peuvent ainsi y renseigner leurs propositions et les thèmes qu’ils souhaitent aborder.

On peut même y ajouter plusieurs colonnes pour faciliter le travail du secrétaire. Par exemple, l’élève va y mettre son nom, la date et si pour le conseil, il souhaite faire une proposition, donner des félicitations, aborder un problème ou simplement poser une question.

Le Conseil est le garant du bien-être du groupe où tout peut être dit, en toute confidentialité. Aussi, si il y a un vote à faire, il peut très bien être organisé à bulletin secret.

« Cœur névralgique qui décide du fonctionnement de classe, des évolutions, des projets » Loïs

Au quotidien

Je constate parmi les réponses obtenues que sa mise en place et le rythme des conseils n’est pas toujours facile à gérer, aussi bien par les enseignants que par les élèves.

« Au début de l’année, lors de la mise en place, la place des problèmes peut peser car ça prend beaucoup de temps ! Mais, ensuite, du pur bonheur quand les élèves ont conscience que leurs idées peuvent devenir réelles ! » Céline

C’est donc un gros travail de préparation en amont avant de se lancer. Et une fois mis en place, il faut s’armer de patience pour commencer à en apprécier les bénéfices. Les premiers conseils peuvent parfois être long au début, le temps que la classe y trouve son rythme.

« Le moment préféré de la semaine pour les élèves. Ils y règlent des problèmes de la cour, font beaucoup de propositions, changent de place avec un camarade s’il est d’accord, proposent des solutions pour améliorer l’ambiance ou la vie de classe, proposent de nombreux métiers, nous en avons près de 30 ! Ils s’excusent auprès des autres s’il y a eu conflit, se félicitent pour leurs exposés etc, informent la classe des événements du week-end (par ex : brocante, spectacle de danse etc) ! » Claire

C’est un moment apprécié par les élèves car ce sont les élèves qui prennent les décisions. Ils y accordent beaucoup d’importance car leur parole est entendue et prise en compte.

Malgré tout, la peur que ce moment deviennent un règlement de compte en freine certains dans la mise en place de cette institutions.

En maternelle, avec des plus petits, c’est un peu plus difficile mais leur parole est entendue et ils apportent parfois des idées sur les projets et le quotidien de la classe.

Et vous alors, prêts à vous lancer ?

Le quoi de neuf ? [Pédagogie institutionnelle]

Pour commencer, petit rappel de mon premier article :

Le quoi de neuf est un temps de parole quotidien au cours duquel, le matin en arrivant, l’élève peut dire à la classe ce qu’il a envie de lui faire partager. Le but est double :

  • Tout d’abord, permettre à l’enfant de déposer ce qui lui tient à cœur, afin d’être ensuite plus disponible pour entrer dans les activités scolaires. C’est une transition entre l’école et la maison.
  • Mais aussi, encourager l’expression orale, en mettant en place des situations de communication vraies au cours desquelles l’élève s’adresse à la classe parce qu’il a réellement quelque chose à lui dire.

Il faut noter que 3/4 des professeurs qui ont répondu au questionnaire ont mis en place le « quoi de neuf » dans leur classe.

Alors, en situation réelle, quels sont les apports ?

Pour commencer, c’est un moment de transition entre l’école et la maison qui permet de poser les enfants à leur entrée en classe. On apprend à se connaitre, on découvre ses élèves/camarades. On valorise l’esprit d’initiative et les talents.

« J’aime bien donner une amorce de phrase comme par exemple: Je pensais ne jamais réussir…et puis… » Elodie

On y travaille également beaucoup le langage et le domaine « Questionner le monde » au cycle 2.

Et les limites ?

Les élèves ont le choix de présenter ce qu’ils souhaitent mais parfois, comme les réponses obtenues le soulignent, ce n’est pas toujours très intéressant, et certains même ne parlent jamais. Autre problème, certains élèves n’écoutent pas..

Parmi ceux qui ne l’ont pas mis en place, vient le problème du temps. Effectivement, c’est un temps à bien organiser dans sa journée et ce n’est pas un moment toujours facile à caser dans des journées toujours plus longues..

Enfin, tous ont souligné l’importance de ce temps de parole en classe sur des sujets non scolaire qui participe à définir une ambiance de classe sereine et motivante.

Les métiers / Les responsabilités [Pédagogie institutionnelle]

Parmi les nombreuses institutions/outils de la pédagogie institutionnelle se trouve les métiers ou plus communément appelés les responsabilités. Il convient de les appeler responsabilités quand on choisit de les faire changer régulièrement au contraire des métiers qui restent tant que les élèves ne demandent pas à l’arrêter. (merci Christelle)

La mise en place de ce dispositif en classe permet aux élèves de se responsabiliser, de développer leur autonomie, de prendre des initiatives mais aussi de coopérer en équipe pour une même tâche.

« Mon meilleur métier: portier, afin que je reste avec le groupe classe, il appelle les enfants qui partent chez eux et récupère les demandes des parents. » Loïs PS/MS/GS

Ces métiers permettent aux élèves de s’investir dans la classe et de leur donner une place dans le groupe. Ainsi, les élèves se sentent utiles et ont envie de bien faire pour prendre soin de leur classe. Certains métiers leur permettent aussi de prendre la parole devant le groupe et de s’approprier l’espace classe.

La réalisation de leur métier ou non amène à des discussions lors du conseil.

Quelques inconvénients tout de même, certains métiers peuvent être difficile et peuvent amener à des conflits. Par exemple, les surveillants et chefs de rang qui doivent noter les prénoms de ceux qui ne respectent pas les règles. Pas simple d’être à la fois sévère et tolérant.

Et vous, utilisez vous les métiers ou responsabilités dans votre classe ?

En savoir plus sur ma roue des responsabilités

illustration @mysticlolly

Pourquoi mettre en place la pédagogie institutionnelle ?

Dans cet article, je vais revenir sur les différentes motivations qui poussent à se tourner vers la mise en place de la pédagogie institutionnelle dans sa classe ou seulement en y utilisant quelques éléments.

Je voulais commencer par remercier Delphine, Claire, Loïs, Mathias, Séverine, Yoann, Else, Christelle, Céline, Elodie, Delphine, Véronique, Mickaël et Sophie.

Pourquoi ont-ils souhaité mettre en place des éléments de la PI dans leur classe ?

Certains se sont lancés car ils étaient attirés par le dispositif des ceintures de compétences, outil majeur de la PI. Elles permettent d’accroitre la motivation des élèves mais aussi de répondre à une problématique de classe qui est la différentiation. De fil en aiguille, ils ont poussé leurs recherches et ajouté de plus en plus d’éléments de la PI à leur quotidien.

Pour d’autres, la PI et ses institutions leur permettent de garder un climat de confiance au sein de la classe. En sortant du cadre scolaire, parfois trop rigide, pour permettre à chaque élève de trouver sa place. Pour ce faire, la PI met en avant la prise en compte de la parole de l’enfant, de leurs besoins et leurs différences.

« Mon but était de permettre aux élèves de prendre en charge leur vie d’écolier, de prendre en compte l’autre comme un atout pour son avancée et de régler les conflits ensemble. » Céline CE1/CE2

Notamment avec la mise en place du conseil d’élèves. Ce qui permet de construire un groupe, un collectif, une cohésion de classe et faire face à certaines difficultés comme la violence par exemple.

La PI est utilisée également en maternelle mais aussi en SEGPA.

Ce qui revient dans les réponses de mes collègues c’est que, comme vous l’avez lu, la PI participe à instaurer un climat de classe où, aussi bien l’élève que l’enseignant, tout le monde y trouve sa place et est écouté.

« J’ai mis en place la PI car cela correspondait à ma vision du métier et de l’accompagnement que je souhaitais mener auprès de mes élèves. » Séverine MS/GS

Une anecdote, une remarque concernant la PI ?

Pour terminer, je vous partage plusieurs anecdotes qui ont attiré mon attention:

Séverine:

« Ces dispositifs ont essaimé dans mon école. Depuis d’autres classes mettent en place le conseil et le quoi de neuf. Autre anecdote : mes élèves ont réalisé des vidéos à destination des TPS/PS pour leur expliquer les messages clairs. »

Christelle:

« Nouvelle institution installée dans ma classe : la météo des émotions. Elle a lieu après le quoi de neuf avant de commencer le travail officiel de classe. Si je l’oublie, les élèves savent me le rappeler. »

Véronique:

« Tous ces éléments de PI sont étroitement imbriqués comme un système, si j’enlève un élément, un déséquilibre se crée dans le groupe et patatras. »

Claire:

« Cette PI a totalement changé ma manière d’enseigner et je l’applique dans n’importe quelle école. Les enfants et les parents y ont toujours entièrement adhéré. Les enfants sont pleinement impliqués dans la vie de la classe et y proposent régulièrement des évolutions. »

 

La pédagogie institutionnelle

Depuis plusieurs années je m’intéresse et je mets en place dans ma classe la pédagogie institutionnelle issue de Fernand Oury. J’ai donc décidé de vous en parler dans une série d’articles sur mon blog en commençant par une présentation générale. Ensuite j’entrerai dans les détails en abordant les différents outils à mettre en place au sein de la classe. Pour cela, j’ai construit un questionnaire puis j’ai invité des collègues enseignants à y répondre. Cela permettra d’étayer et d’illustrer mes futurs articles.

Ces prochains articles se baseront donc sur les réponses obtenues auprès de 14 charmants collègues qui ont bien voulu me donner un peu de leur temps. Je les remercie et les citerai lors du prochain article qui répondra à deux questions: Pourquoi mettre en place la PI dans sa classe et quels en sont les bénéfices ?

Alors, qu’est ce que la pédagogie institutionnelle de Fernand Oury ?

La pédagogie institutionnelle a été élaborée par Fernand Oury et Raymond Fauvieille.

Son but est d’établir, de créer, et de faire respecter des règles de vie dans l’école, par des institutions appropriées.

Si l’enfant perçoit le lieu classe comme un endroit de repères, de sécurité, de vie, où l’on peut régler des questions, il va progressivement prendre en charge sa vie d’écolier. Il va garder ou retrouver le goût d’apprendre, à travers son engagement, ses initiatives…

Les institutions visent à faire vivre le groupe, permettre la circulation de la parole et à faire le point sur la vie du groupe ; elles sont ce que l’on pourrait appeler « règles de vie communes », qu’il faut expliciter pour comprendre ce qui est en œuvre dans la classe. Par exemples, les ceintures de comportement matérialisent la position provisoire de chacun par rapport aux exigences de la vie au sein du groupe. Quant au conseil, clé de voûte de l’approche institutionnelle, il est le lieu de parole et de décision. Ces institutions comprennent également les métiers, qui sont un partage des tâches utiles à la vie de la classe et la boîte à tout, boîte dans laquelle les élèves peuvent déposer une critique, une plainte ou une proposition pour la classe. Sans oublier les ceintures de compétences et la monnaie intérieure.

Qui en est à l’origine ?

Fernand Oury et Raymond Fonvieille étaient deux instituteurs de la région parisienne qui participaient également activement au mouvement Freinet, en le transposant en milieu urbain (le mouvement étant initialement rural).

Quels en sont les principaux outils ?

L’institution clé consiste essentiellement en des « lieux de paroles » mis en place dans les classes. L’entraide et la fraternité existent et l’enseignant donne toute sa place à la parole de l’enfant.

  • Le quoi de neuf ?

Le quoi de neuf est un temps de parole quotidien au cours duquel, le matin en arrivant, l’élève peut dire à la classe ce qu’il a envie de lui faire partager. Le but est double :

Tout d’abord, permettre à l’enfant de déposer ce qui lui tient à cœur, afin d’être ensuite plus disponible pour entrer dans les activités scolaires. C’est une transition entre l’école et la maison.

Mais aussi, encourager l’expression orale, en mettant en place des situations de communication vraies au cours desquelles l’élève s’adresse à la classe parce qu’il a réellement quelque chose à lui dire.

  • Le conseil de classe coopératif

Le conseil de classe coopératif est la réunion des élèves où se discute tout ce qui a trait à la vie de la classe. Généralement hebdomadaire, il traite du règlement des conflits, des projets, des décisions à prendre.

Un enfant à qui on laisse faire tout ce qu’il veut ne peut pas avoir envie de grandir : un enfant peut se constituer contre une loi, mais pas contre du brouillard. Il faut qu’il y ait des lois en classe qui ne soient pas transgressées ; si elles le sont, on en parle au conseil.

  • Les ceintures de compétences

Pour élaborer les ceintures de compétences, Oury s’est inspiré de son expérience de judoka, partant du postulat de départ qu’une classe homogène n’existe pas. Les ceintures de niveau permettent aux enfants d’évaluer leur réussite dans tel ou tel domaine d’activité de la classe. Une ceinture élevée se doit d’aider un débutant ; autrement dit, plus un enfant a une ceinture élevée, plus on peut être exigeant avec lui. Grâce au tableau des ceintures affichées en permanence dans la classe, les enfants savent toujours où ils en sont.

  • La monnaie intérieure

La monnaie intérieure vise à offrir aux élèves une source de motivation intrinsèque suffisante pour s’investir dans un réel travail d’apprentissage.

Comme le présente très bien le site de l’icem34, la monnaie intérieure permet à des enfants de mettre un premier sens au travail scolaire, permet aux enseignants de faciliter la mise en place des valeurs coopératives, permet à une classe d’aider les enfants les plus en difficulté et enfin, prépare les enfants à l’utilisation de l’argent en tant qu’adultes.

Quelques conseils de lecture :

« Vers une pédagogie institutionnelle » par Oury Fernand et Vasquez Aïda

« De la classe coopérative à la pédagogie institutionnelle » par Oury Fernand et Vasquez Aïda

« Qui c’est l’conseil ? » par Oury Fernand et Pochet Catherine

« Pédagogie institutionnelle, Mise en place et pratique des institutions dans la classe » par Oury Fernand et Thébaudin Françoise

« La pédagogie institutionnelle en maternelle », Isabelle Robin

« L’école, le désir et la loi – Fernand Oury et la pédagogie institutionnelle » – Histoire, concepts, pratiques, éditions champ social, Raymond Bénévent, Claude Mouchet.

Jacomino, Baptiste, Freinet et la coopération, Paris, Les Cahiers pédagogiques, 2013. N° 505 http://www.cahiers-pedagogiques.com/Freinet-et-la-cooperation

Les ceintures de compétences [Rappel]

Un peu d’histoire

Parce qu’il pratiquait le judo, l’idée d’évaluer par ceintures est venue à l’instituteur Fernand Oury dans les années 1970. Il avait observé la capacité des judokas à coopérer malgré les écarts de niveaux dans le groupe. A l’origine de la « pédagogie institutionnelle », Fernand Oury a transféré ce qui fonctionnait dans cette pratique sportive aux préoccupations pédagogiques.

Pourquoi les ceintures

RENDRE L’ÉLEVE ACTEUR DE SON APPRENTISSAGE

Le but de l’enseignant qui propose une ceinture pour évaluer une compétence n’est pas d’évaluer, mais plutôt d’offrir un outil à l ’élève afin qu’il mesure lui-même ses progrès et ce qu’il reste à faire pour maîtriser davantage la compétence travaillée.

Une ceinture c’est

« Un outil:

  • de mesure de la progression des élèves dans l’acquisition d’une compétence,
  • de communication avec les élèves pour les faire entrer dans une démarche d’acquisition d’une compétence,
  • d’appropriation des critères de réussite, de façon progressive et graduée,
  • de réflexion d’enseignants sur les critères et la progressivité de l’acquisition d’une compétence »1.
  • de suivi de la progression de chaque élève.

Une ceinture ce n’est pas

  • Un outil sommatif qui ne serait utilisé qu’une fois par l’enseignant.
  • Une méthode infaillible pour acquérir tous les éléments constitutifs de l’exercice d’une compétence. L’enseignant doit donner, par sa pratique quotidienne, les moyens à l’élève d’accéder à la ceinture supérieure.
  • Un « tableau » exhaustif de l’ensemble des savoirs à acquérir.

Comment construire les ceintures

La ceinture blanche, première ceinture, doit être obtenue facilement pour rassurer les plus faibles. Elle doit marquer un premier engagement dans le travail.

Exemple : Ceinture / S’exprimer à l’oral :

J’ai traité le sujet

Je suis capable de prendre la parole devant le groupe.

La ceinture rouge, dernière ceinture, doit proposer aux meilleurs élèves un horizon d’approfondissement qui pourrait aller au-delà des attentes des programmes.

Exemple : Ceinture / Rédiger un texte :

Je sais construire un texte en inscrivant mon récit dans la longue durée en faisant référence à des échelles de temps différentes.

Entre les deux ceintures, il faut ajouter progressivement des éléments de difficulté.

Chaque professeur peut se lancer dans la construction de ceintures mais il est plus intéressant que cet outil serve à une réflexion d’équipe :

  • Disciplinaire : les professeurs d’histoire-géographie d’un établissement peuvent discuter et mettre en place des ceintures similaires pour donner du sens aux élèves qui changent d’enseignants au cours du même cycle.
  • Pluridisciplinaire : des ceintures transdisciplinaires peuvent être construites par des enseignants d’une même équipe pédagogique (sur l’oral ou l’argumentation par exemple).

Le principe

  • Valider des ceintures (comme au judo)
  • Chaque ceinture regroupe plusieurs compétences
  • Tout le monde démarre à la même ceinture
  • Il n’y a pas de retour en arrière
  • Pour passer une ceinture, il faut absolument avoir la précédente

Chaque semaine, les élèves reçoivent un plan de travail hebdomadaire dans lequel ils devront indiquer les compétences qu’ils souhaitent valider sur une semaine.

En fonction du degré d’autonomie, les élèves sont libres du choix des compétences et de l’impression des fiches associées. Au départ, c’est le maître qui les guide dans ce choix.

Dans l’emploi du temps, il y a des plages de « travail personnel ». Ce sont durant ces plages que l’élève complète son plan de travail. Il peut également l’avancer lorsqu’il a terminé les autres tâches qui lui sont demandées.

Les fiches sont corrigées par l’enseignant. Le résultat (vert, orange ou rouge) doit être reporté immédiatement dans le plan de travail hebdomadaire puis dans le référentiel des ceintures. L’élève bénéficie de 3 essais pour valider la compétence qu’il souhaite évaluer.

Si la compétence est validée lors du premier essai, il n’est pas nécessaire de faire les suivants.

Les grands principes

1. Permettre aux élèves d’avancer à leur rythme

Cette démarche a pour but d’aider les enfants à avancer dans les apprentissages à partir d’où ils en sont.

Un élève en difficulté aura plus de temps pour acquérir une notion avant de passer à une autre. Ce qui n’est pas possible si on évalue tous les élèves sur la même compétence à un instant T.

De la même manière, un élève qui a des facilités, pourra aller plus loin sans attendre le reste de la classe.

Chaque élève aura un parcours individualisé et personnalisé en fonction de ses forces et faiblesses. Chaque élève avance à son rythme.

2. Une dynamique de réussite

On est tous doués pour quelque chose. Certains sont plus à l’aise en maths, d’autres en français. Le système de ceintures permet aux élèves de situer leurs forces et leurs faiblesses.

Un élève peut être ceinture bleue en numération et ceinture verte en orthographe. Dans ce cas, l’élève est valorisé par sa ceinture bleue puisqu’il peut être tuteur et superviser des camarades dans cette discipline, mais il sait aussi, qu’il doit renforcer ses compétences en orthographe.

Il pourra également faire appel à ses camarades de ceinture plus élevée pour l’aider.

3. La coopération, l’entraide et l’autonomie

Un système de tutorat se met en place au fil de l’avancement du dispositif. Aussi, plus l’élève devient autonome, plus il est chargé de responsabilités.

De manière générale, ce système vise à développer l’autonomie des élèves en leur permettant de devenir acteur de leurs apprentissages. Ils apprennent à travailler pour eux.

4. La visibilité

Grâce aux ceintures, l’enseignant, la famille et surtout l’élève sait exactement où il se trouve dans les apprentissages.

Ce dispositif rend beaucoup plus clairs les livrets traditionnels qui ne renseignent pas sur l’état d’acquisition des compétences par l’élève.

Les ceintures, elles, permettent de savoir plus finement ce qui bloque et d’y remédier efficacement.

5. Dédramatiser l’évaluation et en faire un outil pour se construire

L’évaluation engendre souvent du stress pour l’élève. Ce ne devrait pas être le cas, car les meilleurs apprentissages se construisent sur nos erreurs. Il faut parfois se tromper pour progresser.

Le fait d’avoir plusieurs essais permet à l’élève de rentrer dans cette logique. Il est évalué tous les jours et cela devient une habitude. Plus de stress avant les « contrôles ».

Exemple d’affichage des ceintures pour tutorat

Merci à François Lamoureux, Samira Hallaouy Nougué, Thomas Héniart et toute l’équipe C2C Edu.

La monnaie intérieure : le retour des élèves

Après une année de mise en place d’une monnaie intérieure au sein de la classe, voici venu le temps du bilan. Mais pas le mien, celui des élèves. Pour ce faire, j’ai fait une simple Google Formulaire en reprenant la plupart des questions de Bruce Demaugé-Bost qu’il avait lui même posées à ses élèves.

Sur les 30 élèves de ma classe, j’ai réussi à obtenir 15 réponses, ce qui sera donc assez représentatif de la classe. Je vous propose donc de vous partager les réponses obtenues et d’y ajouter un petit commentaire personnel à chaque fois. Bonne lecture.

Pas étonné par ces réponses car je sais que dans leur scolarité, aucun système de ce type avait été mis en place. Même si 3 élèves en avait apparemment déjà entendu parler.

Cela confirme mon ressenti tout au long de l’année. Je crois que les élèves ont vraiment apprécié d’utiliser la monnaie intérieure et de participer à sa mise en place (règlement, services, etc..).

Là non plus peu de surprise, les élèves se sont approprié cette monnaie assez facilement et rapidement. L’organisation et la mise en place des fiches de salaire ont été très aisées. Je félicite d’ailleurs mais élèves pour leur grande adaptation.

Peu de retour des parents, il reste encore 10 jours, sait-on jamais. J’en conclus que l’ensemble des parents d’élèves avaient décidé de me faire confiance.

Grand engouement pour le marché intérieur, même si au fil des semaines, le nombre de stand s’est amoindri. Le nombre d’objets à vendre également. Mais beaucoup d’élèves ont eu de l’imagination en organisant des loteries, des tombolas ainsi que des pochettes surprises.

Les élèves étaient aussi très curieux toutes les semaines de découvrir le stand du maître.

Je m’attendais à des réponses bien différentes pour ces deux questions. Les rémunérations des services et des activités ont été votées en conseil d’élèves. Comme dans toutes démocraties, tout le monde ne peut être en accord.

Contrairement aux réponses reçues, peu ou pas de vol de billets. La banque (moi) veillait régulièrement à ce que possédait l’élève en banque et en poche. Je n’ai pas remarqué d’enrichissement soudain, c’est pourquoi nous n’avons pas eu de problème à gérer. Les élèves ont été très honnêtes.

Les élèves ont trouvé plusieurs objectifs à cette mise en place.

Avec ces réponses, je constate que les élèves qui ont répondu aux questions n’ont pas l’impression que la monnaie intérieure ait impacté leur travail. Tant mieux, cela veut dire que ce n’est pas vécu comme une « carotte », terme employé par beaucoup de détracteur à ce système.

Ravi de cette première année de mise en place. C’est certain, c’est reparti pour une nouvelle année avec une nouvelle monnaie (un nom que mes futurs élèves choisiront).