Cela fait maintenant plusieurs années que je fonctionne avec les ceintures de compétences et comme beaucoup au début, et même encore maintenant pour certains collègues du collectif du C2CEdu, j’étais seul dans mon établissement à les avoir mises en place. Je faisais mon petit truc dans mon coin avec ma classe de CM1/CM2. Je me sentais un peu isolé mais j’étais tellement persuadé que c’était le meilleur moyen de faire progresser mes élèves au quotidien, que cela ne me freinait pas.

En changeant d’école, j’ai pu retrouver un ami/collègue qui m’a tout de suite suivi dans cette utilisation des ceintures de compétences. Je n’étais plus seul, nous étions tous les deux en CM2 à évaluer nos élèves de cette manière. Et avoir un autre regard que le mien sur ce que je proposais m’a fait un bien fou. Il m’a amené à réfléchir et revoir beaucoup de choses dans ma pratique. Ce fut un grand bol d’air, et cela m’a fait beaucoup avancer.

Les ceintures de compétences, chacun peut se les approprier, ce n’est pas une méthode fermée. C’est vraiment primordial de le savoir avant de se lancer.

Nous étions alors deux classes à utiliser les ceintures, et cela n’était pas évident pour les élèves de se faire à ce système (cela fonctionnait bien à partir du mois de janvier). Et puis, il fallait bien le présenter aux parents qui n’avaient pas cette représentation de l’école. Donc pendant, deux ans, tous les élèves qui arrivaient dans nos classes débutaient à la même ceintures dans tous les domaines. Ce n’était pas l’idéal car c’était arbitraire et pour certains la marche était trop haute et pour d’autres, cela était trop facile. Il fallait donc que l’on fasse évoluer cela.

J’ai de la chance, j’ai dans mon école un chef d’établissement qui me fait confiance et des collègues motivées qui n’ont pas peur de faire évoluer leurs pratiques. Je leur ai donc proposé d’utiliser les ceintures de compétences sur plusieurs niveaux. Tout était presque clé en main car avec le collectif nous avions construits des référentiels et des essais de la petite section à la sixième.

Mon directeur était emballé (la différentiation est un thème qui revient régulièrement et devient une priorité depuis quelques années) et mes collègues de CM1 aussi. Nous avons donc lancé les ceintures sur deux niveaux (CM1 et CM2). Nous nous sommes beaucoup concertés au début, nous avons beaucoup échangé. Avec nos années de recul, avec mon collègue, nous avons pu au mieux accompagner nos collègues de CM1 à leurs débuts.

Et l’année d’après, nous avons donc accueilli en CM2, des élèves qui avaient déjà un an de pratique des ceintures de compétences. Et cela a tout changé. Les élèves ont repris leurs progressions et leur travail là où ils l’avaient arrêté l’année précédente. Ils ont repris des habitudes, des réflexes qu’il fallait, les années précédentes, mettre en place durant tout le premier trimestre. Quel gain de temps en début d’année sur la mise en place.

De mon coté, plus besoin de le présenter aux élèves et aux parents. Toujours les accompagner bien évidemment, mais ce n’est plus une nouveauté (sauf bien sur pour les nouveaux élèves).

Les élèves arrivent donc en CM2, et ils reprennent là où ils en étaient. Et cela est très rassurant pour eux. Pour nous, un peu plus de travail de préparation en amont mais vraiment heureux de prendre en compte chaque élève dans leurs différences.

Les collègues de CM1, malgré quelques difficultés dans la mise en place, étaient aussi heureuses de fonctionner avec les ceintures et se sont bien appropriés le système. Sur mes conseils, elles avaient choisi de commencer avec quatre, puis cinq référentiels (sur 8 principaux). Elles ont fait un gros travail de préparation sur les parcours entre les essais.

Et cette année, une collègue de CM1 est passée en CE2 et à convaincu sa collègue de la suivre dans ce projet. Coup de chance. Donc, maintenant, les ceintures sont en place dès le CE2. C’est donc devenu un projet d’établissement. Les élèves auront un suivi précis de leurs compétences sur trois ans, du CE2 au CM2.

Avec les collègues à mi-temps, nous sommes 8 enseignants à faire évoluer nos classes autour des ceintures de compétences. C’est une belle dynamique, je me sens maintenant soutenu dans mon établissement. Il y a de l’émulation, de grandes discussions autour des ceintures et de leur mise en place. C’est vraiment enrichissant et une vraie chance.

Personnellement, j’ai hâte d’être dans deux ans pour récupérer des élèves qui auront deux ans de pratique dans le système des ceintures de compétences. Je ne l’ai jamais vécu. J’espère aussi convaincre mes collègues de CP et CE1 de se lancer aussi dans l’aventure, je croise les doigts.

Mon directeur a vraiment été convaincu du projet et le présente dorénavant aux parents lors des rendez-vous d’inscription. Il en parle en réunion directeur et autour de lui, cela devient un peu la marque de fabrique de l’établissement. Je vais les présenter au collège, dans les autres écoles.. C’est vraiment valorisant pour l’école. La plupart des parents sont convaincus par ce système même si certains encore résistent car ce n’est pas ce qu’ils ont vécu quand ils étaient eux à l’école.

J’échange beaucoup avec des collègues qui ont envie de se lancer mais se sentant peu suivi et trop isolé, hésite à franchir le pas. Car, pour ne rien vous cacher, cela demande énormément de travail en amont. J’ai eu la chance d’avoir un collègue qui m’a suivi tout de suite dans cette école, et qui m’a fait passer un palier.

Je vous conseille alors de commencer par un ou deux domaines et d’en ajouter tous les ans en espérant convaincre vos collègues de vous suivre. Et soyez patient et surtout convaincu de ce que vous faites.

N’hésitez pas à parcourir mon blog et celui du celui du collectif des ceintures de compétences afin d’avoir des retours d’expérience et des tuyaux pour les mettre en place.